Des petits miracles de chaque jour, émerge la lumière d’un lendemain plein d’espoir

À l’Affiche: Hommage à Mama Masika

Droits humains

Rebecca Masika Katsuva
Militante congolaise des droits humains (1966–2016)

Cette semaine, la République démocratique du Congo a perdu une héroïne. Rebecca Masika Katsuva, militante des droits des femmes qui a consacré sa vie à aider les victimes de viol dans l’est de ce pays, est décédée subitement le 2 février.

Militante congolaise des droits humains qui a mis en place des centres de refuge et une organisation pour aider les victimes de la guerre et de viol

Ils l’appelaient Mama Masika. Les membres de sa communauté, les habitants d’un village de l’est de la République démocratique du Congo, l’un des endroits les plus dangereux au monde pour une femme, considéraient Rebecca Masika Katsuva comme une mère. En RDC, où le viol est employé comme une stratégie de guerre, Rebecca Masika donnait aux victimes de viols un refuge et un soutien psychologique dont elles avaient désespérément besoin.

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Même si elle avait des ressources limitées, Rebecca Masika n’a jamais refusé d’aider lorsqu’on le lui demandait: « Elle donnait (aux femmes et aux enfants) de l’amour, de la patience et un environnement favorable qu’ils n’avaient jamais connu avant ou qu’ils pensaient ne plus jamais avoir. Elle leur a donné quelque chose de plus précieux que n’importe quelle thérapie: l’amour constant dans un climat de peur, de violence et d’insécurité » écrit Fiona Lloyd-Davies, photojournaliste qui a raconté l’histoire de Rebecca Masika dans son documentaire Seeds of Hope (Graine d’espoir).

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Seeds of Hope – trailer de STUDIO 9 FILMS sur Vimeo.


Point de vue : Hommage à Masika, l’une des héroïnes de la RD Congo

Ida Sawyer, Human Rights Watch

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Photo: Masika Katsuva est une figure centrale dans le documentaire soutenu par le Centre Pulitzer « Graines d’espoir. » Elle a créé un centre de soutien et de communauté agricole en République démocratique du Congo pour aider d’autres victimes de viol, leurs enfants et les orphelins. Image par Fiona Lloyd-Davies. RDC, 2013.

Masika avait un grand cœur et un courage extraordinaire. Elle-même avait été violée – à plusieurs reprises – et avait été témoin des terribles violences infligées à son époux et à ses enfants. Elle avait pourtant réussi à transformer sa peine et sa souffrance en action. Sa maison de Buganga, dans la province du Sud-Kivu, était devenue un centre d’assistance aux autres victimes de violence sexuelle et aux enfants nés d’un viol. Au fil des ans, Mama Masika, comme elle était surnommée, a contribué à sauver des milliers de vies.

C’est en 2009, alors que je recueillais des informations sur les massacres et les viols massifs perpétrés dans l’est de la RD Congo, que j’ai rencontré Masika pour la première fois. J’ai été profondément touchée par sa bravoure. Lorsqu’elle apprenait qu’une attaque avait été menée par des groupes armés, Masika se rendait à cet endroit, souvent à pied, pour voir si elle pouvait porter secours aux femmes et aux filles qui avaient été violées. Si les victimes étaient trop grièvement blessées pour marcher, elle les portait sur son dos jusqu’à un hôpital ou jusqu’à son centre. Un jour, les combattants d’un groupe armé l’ont violée pour la punir d’avoir tenté de sauver d’autres femmes.

Grâce à son incessant travail de médiation familiale et dans les communautés, de nombreuses victimes – au départ rejetées par leurs maris et leurs familles en raison de la honte associée au viol – ont pu retourner chez elles. D’autres vivent encore au centre ou à proximité, faisant partie de la famille élargie et sans cesse croissante de Masika.

L’impact de Masika sur ces femmes et ces filles s’est révélé profond. De nombreuses victimes que j’ai rencontrées au cours des années m’ont confié que si elles étaient parvenues à surmonter leur terrible épreuve, c’est parce que Masika leur avait donné espoir.

Masika est décédée de complications liées à la malaria quelques mois avant de fêter ses 50 ans. Lorsque j’ai appris la nouvelle de son décès, le monde m’est soudain apparu plus sombre. Toutefois, Masika laisse derrière elle un héritage exceptionnel. Grâce à elle, les milliers de femmes et de filles dont elle a marqué la vie sauront qu’elles sont aimées, valorisées, autonomes, quelles que soient les souffrances qu’elles ont vécues.

Ma vie aussi s’est trouvée enrichie par le fait de l’avoir connue. Repose en paix, chère Masika.

Source: Human Rights Watch


Masika-Katsuva-2Elle était là pour les nourrir, les écouter, les protéger et leur donner un nouvel espoir. Dans le cadre du soutien pratique et psychologique que Rebecca Masika apportait aux victimes de viol, elle prenait soin de leurs enfants. Elle aidait les survivantes à reprendre pied et elle gérait les tâches de la vie quotidienne pour elles.

Rebecca Masika est décédée d’une crise cardiaque le 2 février 2016, mais elle a laissé un héritage qui persistera et son courage ne sera pas oublié.

La violence que Rebecca a endurée et dont elle a été témoin dans sa vie personnelle reflète les expériences horribles de la communauté qu’elle servait. Cette défenseuse des droits humains inarrêtable a vu son mari être brutalement tué, et elle a elle même été violée quatre fois. Ses deux filles adolescentes et sa petite sœur ont été violées devant elle. Elle aurait pu – peut-être était-ce parfois momentanément le cas – perdre espoir face aux nombreuses épreuves qu’elle a traversées dans la vie, mais elle a continué son travail pour et avec la communauté.

« J’ai décidé que je devais faire quelque chose pour reprendre ma vie en main et pour aider d’autres femmes. Aider les femmes à sortir de l’état dans lequel elles se trouvent aujourd’hui et à se reconnecter avec les femmes qu’elles étaient avant. Nous voulons leur montrer que ce n’est pas parce qu’elles ont été violées que c’est la fin. Elles peuvent recommencer, comme moi. Malgré tout ce que j’ai traversé, je suis toujours debout, et elle peuvent le faire aussi » a déclaré Rebecca en 2013, lors de la 7e plateforme de Front Line Defenders à Dublin.

Rebecca Masika vivait dans le Sud-Kivu, l’une des provinces de l’est de la RDC qui compte le plus haut niveau de violence. Depuis le début de la guerre en 1996, plus de six millions de personnes sont mortes. Les femmes et les enfants portent les plaies du conflit: des centaines de milliers ont été violés; la violence sexuelle est utilisée comme arme de guerre pour détruire des villages entiers. Bien que les chiffres soient difficiles à collecter, une étude de l’université de Stony Brook à New York indique qu’en moyenne 48 femmes ont été violées chaque heure en 2006-2007, au plus fort du conflit.

Après un viol, les femmes ont tendance à être isolées de leur communauté, car elles sont stigmatisées, discriminées et victimes d’autres abus. « La plupart des femmes et des filles à qui j’ai parlé dans le centre de Rebecca Masika m’ont dit la même chose ; elles avaient toutes pensé au suicide. Elles ont été témoins et ont survécu à des choses terribles, puis elles ont été rejetées par leur famille ou leur communauté. Celles qui sont tombées enceinte envisagent toujours de tuer leurs enfants » écrit Fiona Lloyd-Davies.

Comme le dit Fiona Lloyd-Davies, « Rebecca Masika a transformé sa douleur et sa souffrance en action ». En 2002, Rebecca a créé l’Association des Personnes Deshérites Unies pour le Développement – APDUD, pour aider les femmes à se faire soigner, à vivre et à commencer une nouvelle vie: « Nous nous soutenons mutuellement, en travaillant dans les champs et en faisant pousser de la nourriture à vendre pour financer différents projets. Certaines filles sont trop jeunes pour travailler dans les champs, alors nous leur apprenons à coudre. D’autres allaient à l’école, alors je veille sur leurs bébés et je les renvoie en classe. Il y a une fille qui a eu un bébé quand elle était à l’école et maintenant elle est à l’université », avait déclaré Rebecca lors de la plateforme de Dublin.

« Elle était un mélange de vulnérabilité (en tant que femme en RDC), de force (grâce à la façon dont elle s’est reprise) et d’espoir (elle était si positive). Je pense vraiment qu’elle a eu un impact sur toutes les personnes qu’elle rencontrait », a déclaré un membre du personnel de Front Line Defenders qui travaillait étroitement avec la défenseuse.

La vie et le travail de Rebecca Masika nous rappellent que même dans les situations les plus difficiles, il y a de la place pour l’espoir, tout comme il y a des gens qui travaillent pour la protection de ceux qui les entourent. C’est pourquoi il est si important de protéger des défenseurs des droits humains tels que Rebecca, et c’est pourquoi elle va terriblement nous manquer.

Source: Frontline Defenders

Cet article est aussi disponible en: Anglais

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